Cinq considérations clés pour aborder la mobilité environnementale du point de vue des droits de l'homme

Maurice a perdu sa maison sur l'île d'Abaco aux Bahamas après le passage de l'ouragan Dorian en août 2019. Photo : OIM/Muse Mohammed

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  • Pablo Escribano | Spécialiste thématique régional sur les migrations, l'environnement et les changements climatiques au sein du Bureau régional de l’OIM pour l'Amérique centrale, l'Amérique du Nord et les Caraïbes

Les catastrophes, la dégradation de l'environnement et les effets néfastes des changements climatiques influencent de plus en plus les schémas de migration et de déplacement dans les Amériques et les Caraïbes. En 2022, 2,6 millions de nouveaux déplacements internes ont eu lieu en raison de catastrophes sur l'ensemble du continent, résultant principalement de tempêtes et d'inondations. Le Brésil (708 000 nouveaux déplacements), les États-Unis (675 000) et la Colombie (281 000) sont les pays les plus touchés par ce phénomène.

Pour faire face à cette mobilité environnementale, une perspective fondée sur les droits de l'homme, qui a considérablement progressé ces dernières années, est nécessaire. Cette approche place les migrants, les personnes déplacées et les communautés au cœur des préoccupations, en soulignant que les changements environnementaux et leurs conséquences sur les schémas de mobilité humaine peuvent entraîner des violations des droits de l'homme.

Malgré l'absence d'une convention spécifique sur les droits des migrants environnementaux, la Commission interaméricaine des droits de l'homme et le Rapporteur spécial sur les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux ont publié la Résolution 3.21 sur l'urgence climatique en 2022, qui énonce les obligations de l'État de protéger les droits des personnes en situation de déplacement dans le contexte des changements climatiques. En janvier 2023, le Chili et la Colombie ont demandé à la Cour interaméricaine des droits de l'homme un avis consultatif sur l'urgence climatique et les droits de l'homme afin de compléter ce processus.

L'approche des droits de l'homme en matière de mobilité environnementale connaît une évolution constante en réponse à l'importance croissante et aux effets accélérés des changements climatiques sur nos vies. Cependant, nous pouvons identifier cinq éléments clés dans sa mise au point :

  1. Le non-respect des droits sociaux et environnementaux peut constituer un facteur de déplacement néfaste. Compte tenu de la vulnérabilité et de l'exposition des pays de la région à des changements environnementaux défavorables, les populations peuvent être confrontées à des lacunes dans leurs droits environnementaux. Les communautés touchées par la pénurie d'eau due à la sécheresse ou à la fonte des glaciers, qui perdent le droit à l'eau, ou les communautés côtières pour qui l'élévation du niveau de la mer ou l'érosion côtière entraînent la perte d'accès à un logement décent, sont des exemples de cette première considération.
  2. Les processus de déplacement environnemental et climatique nécessitent une approche axée sur la protection. Les conditions créées par les catastrophes soudaines en termes de perte de sécurité, de moyens de subsistance et d'accès aux ressources créent des scénarios d’inégalités potentielles en matière de droits qui nécessitent une approche intégrée de la part des États. Les principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays de 1998 identifient les catastrophes comme des sources de déplacement et incluent des éléments clés pour aborder ces mouvements sous l'angle des droits de l’homme.
  3. L'impact des catastrophes, de la dégradation de l'environnement et des changements climatiques sur la mobilité humaine est fondamentalement lié à la dynamique de genre. Les effets des changements climatiques affectent différemment divers groupes, compte tenu des facteurs antérieurs d'inégalité, de discrimination, d'attribution des rôles et d'accès aux ressources. Dans les Caraïbes et en Amérique centrale, comme dans chaque région du monde, les femmes sont exposées différemment aux catastrophes climatiques. En raison des inégalités préexistantes entre les genres, elles se heurtent souvent à des obstacles qui les empêchent de quitter les zones exposées aux catastrophes et peuvent les contraindre à rester sur place en raison de leurs obligations en tant que parent.
  4. Les populations autochtones du continent présentent des vulnérabilités et des capacités spécifiques, mais aussi des enjeux particuliers en matière de droits fondamentaux : Le consentement préalable, libre et éclairé est un droit spécifique des peuples autochtones reconnu dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et exige l'accord des populations concernées sur les projets qui les concernent. Un exemple est le soutien consenti que l'OIM apporte à des projets de subsistance dans quatre communautés touchées par des changements environnementaux, identifiés avec la participation active de l'Institut autochtone paraguayen.
  5. La protection des droits des migrants dans des contextes de catastrophe, de dégradation de l'environnement et de changements climatiques nécessité des solutions globales qui impliquent de multiples interlocuteurs. Si une grande partie de la mobilité environnementale et climatique se produit à l'intérieur des pays - définie comme mobilité interne - les catastrophes et les changements climatiques déclenchent également des mouvements transfrontaliers. La saison des ouragans de 2017 dans les Caraïbes ou l'impact des ouragans Eta et Iota en Amérique centrale en sont des exemples. Ces scénarios de mobilité transfrontalière nécessitent une approche intégrée et fondée sur les droits en matière de protection, qui fasse participer les acteurs de la migration et les entités de gestion des risques de catastrophe, entre autres.

Les gouvernements des Amériques et des Caraïbes ont fait des progrès dans la protection des migrants environnementaux au niveau régional, grâce aux efforts conjoints de la Conférence régionale sur les migrations (CRM) et de la Conférence sud-américaine sur les migrations (CSM), et ces avancées ont été reconnues comme de bonnes pratiques. Cependant, des progrès régionaux couvrant ces cinq aspects sont encore nécessaires, et l'horloge des changements climatiques, loin de s'arrêter, semble s'accélérer.

 

Pablo Escribano est le spécialiste thématique régional sur les migrations, l'environnement et les changements climatiques au sein du Bureau régional de l’OIM pour l'Amérique centrale, l'Amérique du Nord et les Caraïbes.

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