Les données ventilées par sexe sont essentielles pour garantir une réponse et un relèvement tenant compte du genre pour les femmes et les filles déplacées par des catastrophes

Sirajganj, une communauté du Bangladesh, a été touchée par des catastrophes naturelles, entraînant le déplacement de nombreuses personnes à plusieurs reprises. Photo : OIM/Amanda Nero

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Genève – Les impacts directs et indirects des catastrophes sont vécus différemment par les personnes pour un certain nombre de raisons, notamment les conditions socioéconomiques, les croyances culturelles et les ressources disponibles, mais les femmes et les filles sont particulièrement touchées en raison des rôles liés au genre, des inégalités structurelles existantes et des relations de pouvoir. En fait, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué que le genre a été identifié comme l'un des principaux facteurs qui déterminent l'expérience globale de la migration et du déplacement liés au climat. 

La Journée internationale des droits des femmes de cette année est l'occasion de mettre en lumière les défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles migrantes et déplacées en raison des changements climatiques. 

Les femmes et les filles sont souvent touchées de manière négative avant, pendant et après une catastrophe. Avant la catastrophe, l'accès inégal des femmes et des filles aux ressources économiques, politiques et sociales influence leur accès à l'aide après une catastrophe et à la compensation des dommages et des pertes. Par exemple, après les inondations de 2010 au Pakistan, de nombreuses femmes n'ont pas pu se déplacer ou migrer en raison d'une aide familiale et financière, ce qui a empêché ou limité leur accès à l'aide, qu'il s'agisse d'aide alimentaire ou de services médicaux. Au lendemain d’une catastrophe, les femmes et les filles subissent également des impacts indirects tels que la violence fondée sur le genre, les mariages précoces et forcés, la perte des moyens de subsistance, la détérioration de la santé et l'augmentation de la charge de travail. 

La collecte, l'analyse et la diffusion régulière de données ventilées par sexe sont essentielles pour garantir une réponse et un relèvement qui tiennent compte du genre pour les femmes et les filles migrantes et déplacées dans des situations de catastrophe. La collecte de données différenciées par sexe ne fait pas seulement la lumière sur les réalités complexes des rôles différents et interdépendants, mais fournit également des informations vitales pour développer des stratégies de réponse et de relèvement plus complètes, efficientes et pertinentes, en plus de formuler des politiques plus efficaces.

La Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l'OIM, qui recueille et analyse des données sur la mobilité, les vulnérabilités et les besoins des populations déplacées et mobiles, met en œuvre des exercices de collecte de données dans diverses situations de catastrophe afin de soutenir le développement d'une assistance tenant compte du genre dans les interventions avant et après une catastrophe.

L'ONU a estimé que plus de 1,8 million de personnes avaient besoin d'aide en raison des dégâts causés par le cyclone Idai au Mozambique en 2019 et que plus de 73 000 personnes sans abri ont cherché refuge dans des dizaines d'endroits. Photo : OIM/Amanda N

Par exemple, en réponse au cyclone tropical Harold en 2020, la DTM au Vanuatu a recueilli des données ventilées par sexe et par âge auprès d'informateurs clés et a mené des entretiens approfondis auprès des ménages. Les indicateurs de la population touchée comprenaient les expériences antérieures de déplacement causées par des catastrophes environnementales, les ménages dirigés par une seule personne, les préoccupations de sûreté et de sécurité, et les questions de protection. Lors des évaluations réalisées par la DTM au Vanuatu entre le 26 mai et le 6 juin 2020, des mariages d'enfants ont été signalés dans 46 endroits. Les principales raisons invoquées pour expliquer la prévalence des mariages d'enfants sont les pratiques culturelles, l'échange de terres, l'argent et la préservation de la lignée familiale.

Les mécanismes d'adaptation qui ont un impact négatif sur les femmes et les filles sont confirmés par une évaluation des besoins menée par Mercy Corps à Karamoja, en Ouganda, qui a révélé que les pratiques néfastes, y compris la violence domestique, le mariage des enfants, le viol pendant la phase de séduction et les mutilations génitales féminines, augmentent pendant les sécheresses et les périodes arides prolongées.

Dans les évaluations menées par la DTM au Burundi entre mai 2021 et juillet 2021 auprès de 122 483 déplacés internes - dont 84 pour cent ont cité une catastrophe environnementale comme principale raison de leur déplacement - au sein de 27 300 familles, la majorité des ménages déplacés interrogés (76 %) ont déclaré que les zones de collecte de bois étaient les endroits où les femmes et les filles se sentaient le plus à risque de subir des violences sexuelles, car elles doivent marcher plus loin pour aller chercher du bois. En outre, 49 pour cent des ménages déplacés ont indiqué que les femmes et les filles ne pouvaient pas signaler les violences en toute sécurité et que les survivantes de violence fondée sur le genre avaient du mal à accéder aux services spécialisés. 

Aux Philippines, la DTM a mené une évaluation rapide des besoins du 12 au 21 janvier 2022, en réponse au typhon Rai, afin de mieux comprendre les besoins et les difficultés des déplacés internes dans 85 sites d'évacuation répartis dans 22 municipalités des provinces de Bohol, Cebu, Leyte du Sud et Surigao du Nord. Il a été signalé que 95 pour cent des sites ne disposaient d’aucun lieu adapté aux femmes ni d'espaces d'allaitement, et que seuls 47 pour cent des sites disposaient d'espaces adaptés aux enfants. En outre, même si 74 pour cent des toilettes/latrines pouvaient être fermées à clé, 87 pour cent d'entre elles n'étaient pas correctement éclairées. Un éclairage adéquat est crucial pour prévenir la violence fondée sur le genre, tandis que des espaces sûrs sont essentiels pour aider les femmes et les filles à faire face aux catastrophes.

Après la dévastation due au cyclone Pam en 2015, les migrants ont été relocalisés temporairement à Port Vila au Vanuatu. Parmi eux se trouvaient des enfants et leurs mères, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Photo : PNUD/Franci

Ces conclusions de la DTM soulèvent des préoccupations en matière de protection, de sûreté et de sécurité. Elles mettent également en lumière l'importance de recueillir des données ventilées par sexe, car le genre joue un rôle dans les différents besoins de base pendant les périodes de réponse et de relèvement face à une catastrophe - les informations sur les expériences et les vulnérabilités distinctes des femmes et des filles et leurs autres caractéristiques transversales sont cruciales. Dans le contexte d'une catastrophe, les résultats pour les femmes et les hommes sont influencés par leurs identités entrecroisées dans la société. Les femmes et les hommes jouent des rôles différents entre autres en raison de leur âge, de leur classe sociale, de leur appartenance ethnique, ce qui entraîne des identifications, des responsabilités, des attentes, des valeurs, des expériences et des compétences différentes, pouvant conduire à des déséquilibres entre les sexes dans les efforts de réduction des risques de catastrophe, de réponse et de relèvement. 

À mesure que les changements climatiques s'intensifient, la migration environnementale et les déplacements dus aux catastrophes vont probablement augmenter. En 2020, 7 millions de personnes avaient été déplacées par des catastrophes. Au cours de l'année écoulée, de nouveaux déplacements dus aux changements climatiques ont été signalés par la DTM. Dans les évaluations menées en mars et avril 2021 en Éthiopie, 589 195 personnes ont été déplacées en raison d'inondations et de sécheresses dans tout le pays. En septembre 2021, plus de 113 408 personnes étaient déplacées à travers le Burundi, la plupart d'entre elles (83%) ayant été déracinées en raison de catastrophes, tandis qu'au Soudan du Sud, la grande majorité (99,8%) des déplacés internes ont indiqué que les inondations étaient la principale raison de leur déplacement.

Avec l'augmentation prévue des migrations et des déplacements liés au climat, il est nécessaire de disposer de meilleures données pour sensibiliser à l'impact disproportionné des situations de catastrophe sur les femmes et les filles et pour garantir une réponse et un relèvement tenant compte de la dimension de genre. De meilleures données peuvent aider à garantir que les efforts de réponse aux catastrophes et de relèvement n'exacerbent pas les vulnérabilités et peuvent étayer le développement de politiques tenant compte du genre. Elles peuvent permettre une compréhension multidimensionnelle des risques de catastrophe et servir de base à la réduction de l'impact différentiel, en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte.

Il reste toutefois beaucoup à faire. En l'état actuel des choses, les données ventilées par sexe font défaut dans les situations de catastrophe. Pour fournir une aide qui tienne compte des besoins de tous, les données ventilées par sexe doivent être au centre des stratégies de réponse et de relèvement.

Pour en savoir plus sur la Matrice de suivi des déplacements, visitez le site https://dtm.iom.int

 

Par Hong Tran, associé du DTM, OIM

SDG 5 - ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES
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